Système de la mode– Roland Barthes
Barthes analyse la Mode écrite, non comme phénomène esthétique ou économique, mais comme système de signes, relevant de la sémiologie. Le vêtement devient langage. Il cherche donc à décrypter comment la Mode signifie et non ce qu’elle signifie.
Barthes commence par poser les fondements de son approche :
- Il ne s’intéresse ni à la Mode réelle (vêtement porté), ni à la Mode imagée (photographiée), mais à la Mode décrite, c’est-à-dire le vêtement tel que mis en mots dans la presse féminine.
- Il considère cette description comme un langage autonome, avec ses codes, règles, et unités significatives.
- Il choisit donc une méthode structurale, héritée de Saussure et de la linguistique, mais orientée vers une sémiologie appliquée.
👉 Philosophiquement, il affirme que le réel ne précède pas le langage : ce n’est pas l’objet qui produit le sens, mais le système symbolique qui le constitue. La Mode, comme toute culture, est production de sens, et non simple reflet du réel.
Roland Barthes, Gilles Lipovetsky ( modernité individualiste chez Lipovetsky )et Georg Simmel ( distinction sociale chez Simmel )offrent trois lectures contrastées de la mode. Pour Barthes, elle est un langage structuré, un système de signes porteur d’idéologie. Lipovetsky y voit une expression de la modernité individualiste, marquée par la légèreté, l’esthétique et la liberté de soi. Simmel, lui, analyse la mode comme un mécanisme social, fondé sur la tension entre conformité et distinction. Ainsi, la mode est tour à tour signe, style ou stratégie sociale. Leurs ouvrages et livres sur la mode et la sémiologie proposent une vison différentes.
Marc-Alain Descamps, ( lecture psychosociologique de la mode ) moins connu du grand public que Barthes, Lipovetsky ou Simmel, propose une lecture plus psychosociologique et existentielle de la mode, centrée sur le corps, le désir et l’identité.
🧥 1. Le vêtement écrit
1.1 Les trois vêtements
Barthes distingue trois types de vêtement :
- Le vêtement réel (porté),
- Le vêtement-image (photographié),
- Le vêtement écrit (décrit par des mots).
Il démontre que chacun a sa structure propre : technologique, plastique, linguistique.
🧭 La thèse : le vêtement écrit est un objet de langage, pas une simple description fidèle. Il construit un monde.
1.2 Les shifters
Les shifters sont les médiateurs (textes, images, dessins) qui traduisent d’une structure à l’autre. Ils permettent à la Mode de circuler.
Barthes les nomme comme tels :
- Patron de couture,
- Recette de fabrication,
- Termes anaphoriques dans les articles de presse.
👉 Cela rappelle les médiations heideggériennes entre le monde et l’étant : la Mode est toujours médiatisée, jamais immédiate.
1.3 La règle terminologique
Barthes décide de ne travailler que sur les énoncés écrits. Il restreint son champ pour mieux isoler les structures.
🔍 Hypothèse philosophique : le langage n’est pas un vêtement du réel, il en est l’ossature structurante.
1.4 La description
La description de Mode n’est pas informative, mais prescriptive et signifiante. Elle guide la perception et fabrique du désir. Le vêtement devient un récit, un mythe.
🪞 Résonance avec la critique des simulacres (Nietzsche, Baudrillard) : ce n’est plus le vêtement qui est porté, mais le discours qui porte le vêtement.
🔁 2. La relation de sens
Barthes entre ici dans l’analyse des structures du sens dans la Mode :
- Des unités vestimentaires sont combinées selon des relations de transformation et d’équivalence.
- La Mode fonctionne comme un système combinatoire, avec un petit nombre de traits générateurs.
🧩 Enjeu : le sens ne préexiste pas, il est produit par la relation. C’est un jeu de différences (Saussure, Derrida).
🌐 3. Entre les choses et les mots
Il théorise l’autonomie des systèmes : image, réel, langage ne se recouvrent jamais.
- Chaque système a ses lois, ses unités, son économie.
📌 Position philosophique forte : le monde est pluriel, stratifié, irréductible à un seul langage. La réalité est structurée selon des systèmes signifiants indépendants.
♾️ 4. Le vêtement sans fin
Ce chapitre approfondit l’idée que la Mode est un système dynamique, toujours en transformation :
Elle opère par coupes, substitutions, dérivations.
Elle est un système non clos, ouvert à l’innovation mais structuré par des règles.
🌀 Cela renvoie à une pensée de la différance (Derrida) : la Mode diffère et différencie, elle ne signifie jamais de manière stable.
🧵 Deuxième Partie : Le code vestimentaire
Cette section constitue le cœur analytique du livre. Barthes y construit un véritable système de la Mode sur le modèle linguistique :
🔁 des unités,
🧩 des combinaisons,
📐 des règles,
⚖️ des oppositions.
Le vêtement écrit est ici analysé comme un langage structuré mais un langage non verbal, régi par une logique propre, que Barthes reconstitue pièce par pièce.
5. L’unité signifiante
Barthes cherche ici ce qui, dans le discours de Mode, constitue l’unité de base du sens. Il identifie :
- L’objet (ex. « robe »),
- Le support (ex. « en mousseline »),
- Le variant (ex. « à pois »),
- La matrice signifiante : une structure qui relie ces éléments.
📍 Point crucial : le sens ne réside ni dans l’objet seul, ni dans un mot isolé, mais dans une combinaison régie par des règles.
📚 C’est une ontologie du signifiant : le vêtement n’est pas une chose, c’est un effet de structure. La Mode devient un langage sans locuteur, une grammaire collective du désir.
6. Confusions et extensions
Barthes étudie ici les dérèglements du code :
- Inversions (ex. doublure apparente),
- Multiplications (ex. superpositions),
- Confusions (ex. mélanges d’éléments non hiérarchisés).
🎭 Analogie avec la rhétorique : ces transformations sont comme des figures de style vestimentaires.
👉 Philosophiquement, cela rappelle l’idée barthésienne que tout langage porte en lui sa propre transgression. La Mode est à la fois système et jeu, norme et écart.
7. L’assertion d’espèce
Barthes montre comment la Mode affirme des espèces (catégories vestimentaires), et comment elles varient.
- L’« espèce » désigne ici un type de vêtement identifiable par ses traits (ex. trench, twin-set…),
- Le « genre » est une classe plus large, englobant plusieurs espèces.
🧠 C’est un effort de taxinomie, à la manière des classifications naturalistes : la Mode imite la science en nommant, classant, ordonnant.
Mais :
👉 Ces catégories ne sont pas naturelles, elles sont idéologiques. Elles produisent des identités sociales (féminin/masculin, bourgeois/bohème…).
8. Inventaire des genres
Barthes poursuit ce travail classificatoire :
- Il décrit comment les genres vestimentaires se composent,
- Il établit une méthode de classement,
- Et propose un inventaire des genres existants dans la Mode écrite.
🧾 Cela donne un système quasi-encyclopédique du langage de la Mode, avec ses propres lois combinatoires.
📘 C’est une métaphysique du vêtement : à travers le détail d’une manche ou d’une ceinture, Barthes découvre des catégories du monde.
9. Variants d’être
Barthes analyse les variations possibles du vêtement, dans plusieurs dimensions :
- Identité (même forme, matière différente),
- Configuration (forme changeante),
- Matière, mesure, continuité…
📊 Il trace ici les axes du changement sémiologique. Chaque variation est un jeu de différences porteur de sens.
🌀 Idée philosophique : l’être du vêtement est variation. Il n’y a pas d’essence fixe, seulement des différences systématiques, comme dans le langage (Saussure, puis Derrida).
10. Variants de relation
Cette section approfondit la précédente :
Barthes montre que les variantes ne se contentent pas d’être internes au vêtement, mais concernent aussi ses relations aux autres éléments :
- Position,
- Distribution,
- Connexion…
📐 Il en arrive à une théorie du syntagme vestimentaire : les unités de Mode se combinent dans un ordre, comme des mots dans une phrase.
🧩 Philosophiquement, Barthes s’inscrit ici dans une pensée de la structuration du sens : rien ne signifie seul, tout sens est relationnel.
11. Le système
Ce chapitre synthétise les précédents :
- La Mode qui devient superficielle est un système codé, surveillé, mais laissant des marges de liberté.
- Elle vise le rendement signifiant maximal, tout en neutralisant certains traits pour stabiliser le message.
💡 Barthes montre que la Mode fonctionne comme une machine à produire du sens, tout en effaçant les mécanismes de cette production.
🎭 C’est le paradoxe de tout système symbolique : rendre visible tout en masquant son artifice.
12. Le syntagme
Barthes conclut cette partie sur le syntagme de Mode :
- Le vêtement écrit n’est pas une unité isolée, mais un enchaînement régulé d’unités.
- Chaque article de Mode est une phrase, chaque trait est un mot, chaque tenue une proposition stylistique.
📏 La Mode suit des lois de combinaison, mais aussi des lois d’effacement, de redondance ou d’innovation.
📘 Le vêtement devient ici un discours : la Mode parle, elle énonce un monde.
🧠 Troisième Partie : Structure du Signifié
Barthes, en philosophe sémiologue, aborde la nature du sens dans la Mode — non plus seulement sa forme (signifiant), mais son contenu (signifié). Il approfondit la logique interne de ce qui fait sens dans un vêtement, non ce qu’il veut dire, mais comment il parvient à dire quelque chose.
13. Les unités sémantiques
I. Signifié mondain et signifié de Mode
Barthes distingue deux niveaux de signification :
- Le signifié mondain : lié au quotidien, aux usages sociaux. Il est immédiat, concret (ex. « vêtement chaud »).
- Le signifié de Mode : lié à un code spécifique. Il est abstrait, codé (ex. « romantique », « moderne »).
🧩 La Mode n’exprime pas un besoin ou une fonction, mais un sens codé, arbitraire, culturellement construit.
📚 Philosophiquement, Barthes souligne que le sens ne vient pas des choses, mais des systèmes symboliques dans lesquels elles sont prises. Le vêtement est un signifié second, détaché de la réalité, comme un mot dans une langue.
II. Les unités sémantiques
Barthes identifie les unités de base du signifié de Mode, comme :
- Douceur, légèreté, classicisme, pureté, fantaisie…
Il les traite comme des concepts mobiles, qui fonctionnent par opposition (ex. fantaisie/classique, strict/fluide).
🧠 Ces unités ne désignent rien de fixe, mais s’activent dans un réseau de différences — comme chez Saussure : « dans la langue, il n’y a que des différences sans termes positifs ».
📌 Cela fait du vêtement un vecteur d’idéologie douce : en portant un « style », on adhère à une vision du monde implicite (ex. modernité, conformisme, rébellion…).
III. Structure de l’unité sémantique
Chaque unité de sens est elle-même structurée :
- Elle a une forme (comment elle se manifeste),
- Et une substance (ce qu’elle suggère).
Exemple :
« légèreté » peut être portée par : mousseline, transparence, blancheur, fluidité.
Barthes montre que le sens n’est pas un contenu figé, mais un faisceau de traits, qui peuvent varier tout en conservant une cohérence globale.
👉 Cela rejoint une pensée post-essentialiste : les catégories n’ont pas d’essence, elles sont définies par leurs manifestations — idée que l’on retrouve chez Wittgenstein (jeux de famille) ou Foucault (archéologie des savoirs).
14. Combinaisons et neutralisations
I. La combinaison des signifiés
Barthes explique que les signifiés ne fonctionnent jamais seuls :
- Ils se combinent pour créer un effet complexe (ex. « moderne + féminin + rigoureux »),
- La combinaison est régie par un code implicite, partagé dans la culture.
🧠 Ici encore, on retrouve le principe fondamental de structuralisme : le sens est relationnel, jamais isolé.
II. La neutralisation du signifié
Barthes aborde un mécanisme essentiel de la Mode : la neutralisation.
Certains éléments sont présents dans le vêtement, mais ne sont pas activés sémiotiquement.
Exemple : un vêtement peut avoir une fonction thermique (chaleur), mais celle-ci est neutralisée si la Mode ne la considère pas comme significative cette saison.
📌 C’est une critique implicite du fonctionnalisme : ce qui compte dans un vêtement de Mode, ce n’est pas ce qu’il fait, mais ce qu’il signifie ou ce qu’il est autorisé à signifier.
👉 Philosophiquement, on est ici dans une pensée de la surdétermination culturelle : le sens est décidé collectivement, par une instance symbolique (la Mode) qui structure l’interprétation du monde.
🔍 Conclusion de cette partie
Barthes révèle que :
- Le sens vestimentaire n’est ni utilitaire, ni spontané,
- Il est produit par un système de différences structurées,
- Et il est souvent plus proche de l’idéologie que de l’expérience.
💡 La Mode apparaît alors comme un discours collectif qui met en scène des valeurs, des imaginaires, des postures une littérature sociale du corps.
🪡 Quatrième Partie : Structure du Signe
Roland Barthes articule les deux dimensions fondamentales de toute sémiologie : le signifiant (forme visible ou nommée) et le signifié (contenu, idée véhiculée).
C’est ici que Barthes propose une véritable théorie du signe vestimentaire, et l’examine selon les grandes questions sémiologiques : arbitraire, motivation, convention, idéologie.
voir: documents sur la mode et le langage vestimentaire.
15. Le signe vestimentaire
Barthes traite ici la relation entre le mot (ou la forme) et le sens qu’il véhicule dans le système de la Mode.
I. Définition
Le signe vestimentaire, comme tout signe linguistique, est formé de deux faces :
- Un signifiant (ex. : « robe en crêpe », « col Claudine », « ceinture haute »),
- Un signifié (ex. : romantisme, féminité sage, élégance sobre…).
Mais ici, ces signes ne fonctionnent pas dans la langue ordinaire, ils forment un sous-code spécifique : celui de la Mode.
📌 Enjeu : le vêtement est signifiant en tant que tel, non par ce qu’il cache ou révèle, mais parce qu’il est inséré dans un système de reconnaissance sociale et culturelle.
II. L’arbitraire du signe
Barthes rappelle ici un principe saussurien fondamental :
La relation entre signifiant et signifié est arbitraire.
Rien dans la matière du vêtement ne « dit » nécessairement son sens :
- Une veste stricte ne porte pas en elle le sérieux : c’est le code de Mode qui l’associe à cette idée.
- Une couleur n’est pas naturellement joyeuse ou triste.
📚 Cela combat toute lecture naturaliste ou essentialiste du vêtement.
👉 Le sens n’est ni dans la chose, ni dans l’intention du créateur, il est dans le système collectif des signes, dans ce que Barthes appelle la « parole de Mode ».
III. La motivation du signe
Mais, paradoxalement, certains signes semblent motivés :
- Le noir pour le deuil,
- La transparence pour l’érotisme.
Barthes reconnaît cette pseudo-motivation, mais il en révèle la nature :
Elle est culturelle, non naturelle.
Autrement dit : le lien semble évident, mais parce que la société l’a installé comme tel.
📍 Le signe vestimentaire n’est donc jamais totalement arbitraire, ni entièrement motivé : il est codé, et ce code est le lieu même du pouvoir symbolique.
🧠 Philosophie du signe chez Barthes
Ce chapitre est central dans la pensée sémiologique de Barthes :
🔹 Le signe n’est pas un objet. Il est une relation — une tension entre forme et contenu, entre visible et intelligible.
🔹 Le vêtement ne reflète pas l’identité, il produit une apparence signifiante, c’est-à-dire une fiction organisée.
🔹 Le vêtement est un signe flottant, dont le sens est mobilisable, détournable, codé, selon les époques, les groupes sociaux, les discours de Mode.
💡 Philosophiquement, cela revient à dire que le sujet habillé n’est jamais pur : il est déjà pris dans un réseau de significations qui le précède — il est, comme le langage, structuré par l’histoire, la culture, la norme.
✂️ Conclusion de cette partie
Dans cette quatrième partie, Barthes fait du vêtement un objet philosophique à part entière :
Le vêtement n’est ni simple utilité, ni pur ornement.
Il est un signe codé, qui renvoie à des structures de sens invisibles mais agissantes.
Le vêtement est le lieu où le corps devient discours, où l’individu devient lisible pour les autres.
C’est ici que la sémiologie rencontre l’anthropologie, la linguistique, mais aussi une phénoménologie du paraître : l’homme, par le vêtement, devient un être symboliquement visible.
✒️ Cinquième Partie : Le système rhétorique
Roland Barthes franchit une étape décisive : il ne se contente plus d’analyser la structure du signe, mais montre que la Mode fonctionne comme un discours complet, avec ses figures, ses effets, ses idéologies. C’est le moment où la sémiologie se fait critique : Barthes dévoile la rhétorique de la Mode comme système de persuasion sociale, comme façonnage idéologique du monde.
16. L’analyse du système rhétorique
I. Points d’analyse du système rhétorique
Barthes cherche ici à décomposer la rhétorique de la Mode selon trois niveaux :
- Le signifiant rhétorique : la forme du discours de Mode,
- Le signifié rhétorique : les contenus idéologiques véhiculés,
- Le signe rhétorique : l’articulation entre les deux dans une logique persuasive.
🧠 Autrement dit : la Mode ne se contente pas de nommer des vêtements — elle raconte, oriente, séduit, prescrit.
II. Le signifiant rhétorique : l’écriture de Mode
Barthes examine la langue spécifique des magazines féminins :
- Elle est descriptive, mais aussi affective, normative, suggestive.
- Elle imite la neutralité, mais elle prescrit subtilement ce qu’il faut penser, porter, aimer.
📌 C’est une langue d’autorité douce, qui dissimule l’injonction dans l’évidence, comme dans la publicité.
💬 Exemple : « Le beige s’impose cette saison. »
→ Ce n’est pas une observation, c’est une ordonnance déguisée en constat.
👉 Cette « neutralité » apparente est une figure rhétorique : celle de l’effacement de la source du pouvoir.
III. Le signifié rhétorique : l’idéologie de Mode
Barthes affirme que la Mode dit le monde social, mais le dit à travers des fictions rassurantes :
- Elle stabilise les rôles (féminin/masculin, mère/séductrice…),
- Elle diffuse des valeurs bourgeoises : propreté, mesure, raffinement, maîtrise de soi.
Retrouvez également:
🧭 Enjeu fondamental :
La Mode est une idéologie qui se donne pour naturelle.
Elle naturalise des constructions sociales.
Philosophiquement, cela rejoint la critique que Barthes développera dans Mythologies :
Le mythe moderne, ce n’est pas l’imaginaire religieux, c’est l’évidence médiatique et culturelle.
Le vêtement n’est pas neutre : il est porteur d’un ordre du monde.
17. Rhétorique du signifiant : la Poétique du vêtement
I. La « Poétique »
Barthes utilise ici le terme au sens aristotélicien :
- Une poétique, c’est un ensemble de règles de production d’un discours.
Ici, la Mode suit une poétique implicite :
- Elle organise l’apparence comme un récit,
- Elle écrit des corps selon des genres et des styles.
🎭 Le vêtement devient mise en scène, stylisation du quotidien, où chacun est acteur d’un drame social implicite.
II. Le signifié rhétorique du vêtement : les modèles
Chaque tenue suggère un modèle social :
- Femme enfant,
- Femme fatale,
- Femme active…
Ces « modèles » sont des signifiés idéologiques, proposés par la Mode comme des rôles à incarner.
💡 La Mode devient ainsi un théâtre social, une machine à produire des archétypes — souvent figés, stéréotypés, genrés.
III. Rhétorique et Société
Barthes souligne que la Mode est inséparable de la structure sociale :
- Elle parle à des classes, des groupes, des rôles,
- Elle fait circuler l’idéologie dominante sous forme séduisante.
📌 La Mode est donc un langage de pouvoir, mais un pouvoir qui se nie lui-même, qui se fait aimer.
18. Rhétorique du signifié : le monde de la Mode
Barthes montre que le monde représenté par la Mode est clos, cohérent, fictif :
- Un monde lisse, sans conflit, sans vieillesse, sans corps brut.
- Un monde de modèles idéaux.
🧠 Philosophiquement, on pourrait dire que la Mode produit un imaginaire utopique, mais au service du maintien de l’ordre :
Elle rêve, mais rêve toujours selon les normes.
19. Rhétorique du signe : la raison de Mode
Barthes termine cette partie par une réflexion très profonde :
- La Mode est un système rationnel, mais dont la finalité est irrationnelle : produire du désir.
Il identifie deux grands ensembles :
- Ensembles A : fonctions-signes (ex. : veste = autorité),
- Ensembles B : règles générales, la « Loi de Mode » (ex. : le retour périodique de certains styles, l’interdit du trop-vu…).
📌 C’est une logique quasi-religieuse : la Mode est un dogme sans dieu, une rhétorique auto-fondée, une raison sans vérité.
🌀 Elle se détruit pour se renouveler, elle affirme pour mieux contredire, elle avance en se dérobant.
✨ Conclusion de cette partie
Dans cette cinquième partie, Barthes révèle la puissance idéologique de la Mode :
- Elle n’est pas seulement langage, elle est discours organisé,
- Elle modèle la vision du monde, les identités, les désirs,
- Elle est l’instrument doux d’une coercition culturelle invisible.
Philosophiquement, la Mode devient ici une structure rhétorique totalisante, comparable à ce que Foucault appellera plus tard un discours régulateur de vérité.
🔚 Conclusion – Chapitre 20 : Économie du système
Barthes y déploie une critique du système de la Mode, à la fois comme analyste et comme penseur du social. Le mot “économie” ici est à entendre au sens systémique : gestion interne des éléments, cohérence d’ensemble, logique de circulation du sens.
I. Originalité du système de la Mode
Barthes constate que la Mode fonctionne comme un système autonome :
- Elle produit ses propres signes,
- Elle construit ses propres oppositions (long/court, strict/flottant, etc.),
- Elle génère son propre discours sur elle-même.
Mais il ajoute que cette autonomie n’est qu’apparente :
La Mode se fonde sur une rhétorique du changement qui masque une stabilité idéologique.
📌 En d’autres termes, ce qui change, ce sont les formes — ce qui reste, ce sont les structures sociales qu’elle reconduit (féminité normée, distinction bourgeoise, cycles marchands…).
II. Ensembles A : Aliénation et utopie
Barthes distingue un premier groupe d’éléments : les signes aliénants et les signes utopiques.
- Les signes aliénants : ce sont ceux qui soumettent le corps à un modèle extérieur (taille cintrée, corset invisible, lignes dictées).
- Les signes utopiques : ceux qui font rêver (fluidité, légèreté, sensualité, abstraction).
🧠 Philosophiquement, Barthes montre ici le double visage de la Mode :
- Elle enchaîne et enchante, elle forme et déforme, elle impose et sublime.
👉 C’est une idéologie qui produit du plaisir. Cela en fait un système particulièrement puissant — parce qu’il est désiré.
III. Ensembles B : La déception du sens
La Mode produit du sens, mais en retire aussi.
Chaque vêtement écrit sature le corps de signification, mais cette signification est :
- fugace,
- instable,
- souvent vide ou redondante.
- 📉 Barthes parle alors de « déception du sens » :
Le système de la Mode promet de l’expression, mais il reproduit en fait des stéréotypes, des oppositions usées.
📌 Le langage de la Mode ne parle jamais vraiment du sujet, il le traverse sans le révéler.
IV. Le double système de la Mode
Barthes souligne qu’il existe deux systèmes en tension :
- Le système de sens : celui des signes, des unités, des codes.
- Le système du corps : matériel, vécu, irrégulier, jamais totalement représentable.
⚡ Ces deux systèmes ne coïncident jamais totalement. Le corps résiste à la réduction sémiotique.
💡 C’est ici que Barthes touche une limite fondamentale de la sémiologie :
Elle peut décomposer le signe, analyser le discours — mais elle ne peut pas saisir totalement l’expérience du sujet.
V. L’analyste face au système
Barthes termine avec une remarque humble, presque autocritique :
- L’analyste de la Mode (lui-même) risque de se laisser piéger par l’objet qu’il critique.
Car décrire un système, c’est entrer dans son jeu, utiliser sa langue, reproduire certaines de ses catégories.
🎯 Il reconnaît donc que toute analyse structurale est ambivalente :
- Elle révèle la structure,
- Mais elle court toujours le risque de la légitimer en la décrivant trop bien.
🧠 En ce sens, Barthes s’approche d’une posture que Foucault théorisera clairement :
Toute connaissance d’un pouvoir est déjà prise dans une forme de pouvoir.
🎓 Conclusion philosophique générale
Roland Barthes, dans Système de la Mode, ne fait pas seulement une étude des vêtements :
- Il pose une méthode sémiologique applicable à tout système culturel,
- Il dévoile comment le langage produit du monde,
- Il montre que tout signe est un acte de pouvoir masqué.
📌 Son travail est à la fois :
- linguistique (inspiré de Saussure),
- anthropologique (inspiré de Lévi-Strauss),
- critique (annonçant Bourdieu, Foucault, Derrida),
- et poétique : une pensée du détail, du style, du corps en discours.
🪞 En résumé :
- La Mode est un système qui fait du vêtement un texte, du corps une surface d’inscription, et de l’apparence un langage codé.
Barthes nous montre que comprendre la Mode, ce n’est pas comprendre le style, mais l’ordre du sens qui traverse le visible.
Pour terminé, retrouvé notre blog consacré à la mode et aux idées.